UNE IMAGE – UN SCANDALE : CECI N’EST PAS UNE PIPE

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L’œuvre

 

Au début de l’année 2010, l’association DROITS DES NON-FUMEURS diffusait une campagne réalisée par l’agence BDDP & Fils. Le public cible était ouvertement la jeunesse. On y voyait représentés des visages de personnes jeunes, garçon ou fille, une cigarette dans la bouche, manifestement à genoux devant un homme, plus âgé et de catégorie socio-professionnelle supérieure, leur maintenant la tête.

 

La baseline était : « Fumer, c’est être l’esclave du tabac ».

 

La naissance du scandale

 

Alors que l’on aurait pu s’attendre à une réaction virulente des industries du tabac ou de leurs représentants, clairement assimilés à des pédophiles, la critique première vint de l’association féministe « CHIENNES DE GARDE ». Sa Présidente estimait qu’il était « particulièrement scandaleux d’assimiler l’addiction au tabac à la sexualité, de mettre en parallèle le désir et une drogue nuisible ». Puis, reprenant la technique antique consistant à s’en prendre au messager, elle ajoutait que cela « démontre la pauvreté de la créativité des publicitaires. Chaque fois qu’ils ont une panne d’idée, ils ressortent sur la table l’idée de la sexualité. C’est du bidon ».

 

L’association DROIT DES NON FUMEURS rappelait quant à elle que cette campagne était une réponse à « l’industrie meurtrière du tabac qui fabrique des produits, tuant un consommateur sur deux. Le fait que la campagne puisse éventuellement être choquante n’est rien comparé à l’immense fléau que représente la cigarette en France ».

 

L’affaire

 

La politique n’étant devenue qu’une représentation polémique de la vie en société, pas moins de deux Ministres devaient sauter sur l’occasion pour intervenir dans le débat et solliciter l’interdiction de la diffusion de la campagne, Madame MORANO, alors Secrétaire d’Etat à la Famille, considérant qu’il s’agissait là d’un « outrage public à la pudeur », oubliant que cette infraction avait disparu du Code Pénal depuis près de 20 ans…

 

Par décision en date du 12 mars 2010, le Jury de déontologie de la publicité a qualifié de non-conforme aux principes déontologiques édictés par l’ARPP et en particulier ceux contenus dans la Recommandation Image de la personne humaine, la campagne publicitaire diffusée par l’association Droits des Non Fumeurs.

 

Le Jury a considéré qu’en illustrant les méfaits de l’addiction au tabac par l’évocation d’une scène de relation sexuelle imposée, qui est un crime, la campagne de DNF mêle, deux registres distincts qui font appel à des ressorts émotionnels différents sans qu’existe entre les situations évoquées une quelconque relation d’évidence ou de nécessité, au risque de banaliser l’une et l’autre.
Le Jury ajoutait que, quelque louable que soit la fin poursuivie par ses auteurs, cette campagne présente un caractère ambigu qui nuit à sa lisibilité et à sa cohérence.

 

L’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité a donc demandé aux professionnels concernés de faire cesser immédiatement toute diffusion de cette campagne et de renoncer à toute nouvelle diffusion utilisant ces visuels.

 

 

Me Guillaume BARDON

Avocat Associé

Cabinet CM&B AVOCATS

Barreau de TOURS